L’éditorial du Président

Juin 2021

Par le Professeur Didier Samuel, Président-Administrateur du CNCR

« Témoin d’un questionnement très concret sur les enjeux de la recherche en santé et son organisation, le CNCR saura se saisir des opportunités »

Ce premier semestre 2021, entre une crise COVID qui perdure malgré des améliorations notables et le climat post-Ségur, nous mène à un bilan pré-été malgré tout positif. Dans un premier temps, l’Assemblée générale du CNCR s’est tenue le 3 juin et a réuni près de 70 participants. Ce fut l’occasion de discussions très denses sur les enjeux soulevés par le calendrier réglementaire et institutionnel : attente des décrets LPR, sollicitations de la part de nombreux acteurs, préparation du CSIS 2021... Sur ce dernier point, le CNCR a été interrogé via la Conférence des Doyens, avec laquelle il a proposé un document qui dresse un constat sans appel : bien que toujours reconnue à l’international pour le niveau d’excellence de ses équipes et comme terreau d’innovations, la France est souvent pénalisée par la multiplicité des acteurs et des tutelles, l’absence de coordination entre les champs recherche et santé. Les raisons en sont nombreuses : millefeuille administratif, position ambigüe sur les liens d’intérêts, morcellement de la R&D pharmaceutique, décrochage des moyens en biologie/santé ou encore budget et temps non sanctuarisés en recherche. Le manque de dialogue généralisé et de lisibilité, notamment des champs législatifs nuisent aussi à une dynamique positive de la France en matière de compétition européenne et internationale, mais également au niveau national. S’il existe des mécanismes de financement intéressants et utiles (CIR, ATU), les appels d’offres nationaux manquent encore de puissance. Enfin, les politiques budgétaires ont mené à un décrochage massif de la France en matière de recherche en santé : quand chez nos voisins européens, compétiteurs directs, la part dédiée à la recherche en santé est de 30 à 40% du budget Recherche, en France il atteint péniblement les 18%.

Et pourtant, face à ce constat en demi-teinte, les opportunités et les solutions existent et sont nombreuses : l’idée de création d’une Agence de l’Innovation en santé circule, initiative à laquelle le CNCR et la plupart des acteurs sont très favorables sous certaines conditions. Elle s’inspirerait du modèle de l’agence fédérale américaine BARDA qui a fait preuve d’une réactivité et d’une force de frappe impressionnante en temps voulu. Ce nouvel organisme pourrait, à la condition de ne pas rajouter une couche supplémentaire à un millefeuille déjà gourmand, produire un véritable choc de l’innovation et un stimulus nécessaire pour l’innovation en santé tout en répondant au besoin de réactivité en cas d’urgence, besoin révélé par la crise COVID. Elle devra être capable de fonctionner à bonne vitesse pour la gestion de fond de l’innovation par temps « calme » et en réactivité totale en temps de crise. Une gouvernance efficace et réactive ainsi qu’une articulation efficace avec les acteurs existants seront des éléments essentiels au succès de l’AIS. Enfin, pour être pleinement efficace, il faudra prévoir une articulation avec un bras européen solide.

Enfin, le CNCR a mené des actions de grande envergure ces derniers mois et a été sollicité par de nombreux acteurs, signe d’une légitimité bien installée : publication du rapport « Recherche en cancérologie en France » en partenariat avec la FHF Cancer, énorme travail de la cellule de bibliométrie, qui a fait l’objet à la fois d’un rapport, d’une infographie et de 25 fiches thématiques par localisations cancéreuses, que vous retrouverez dans la newsletter et sur notre site ; travail avec l’Académie nationale de médecine sur l’état de la recherche en France, qui a suscité beaucoup de discussions ; sollicitation par le Cabinet du Ministère en charge de la santé sur l’opportunité d’une Agence de l’innovation en santé permettant de façon plus large de s’interroger sur la recherche en biologie santé en France et les attentes ; sollicitation du CSIS ; sollicitation de l’IGAS sur la recherche dans le cadre d’une mission sur les soins critiques, Groupe de travail expert sur la dotation socle des MERRI… toutes ces demandes traduisent un questionnement très concret sur les enjeux de la recherche en santé et son organisation et une volonté d’avancer, une opportunité dont le CNCR va se saisir, en lien avec ses membres et les Conférences.

Enfin, j’ai eu le plaisir de participer à un débat, sur l’invitation du média en ligne Les Contrepoints en Santé, aux côtés de Frédérique PENAULT-LLORCA, Vice-présidente d’Unicancer et de Frédéric COLLET, Président du Leem. Nous avons échangé sur les limites et opportunités du modèle de recherche actuel, de nos points de vue professionnels respectifs.

Je vous souhaite une bonne lecture de cette 13ème newsletter et vous souhaite, avec l’équipe du CNCR, de bons congés d’été 2021.